L’optique en France, la fin d’un modèle en trompe-l’oeil ?

Depuis quelques jours, le sujet « Lunettes » est à la Une de tous les médias en France. Presse, Radio, TV et Réseaux sociaux, on ne parle que de lunettes. Il est vrai que l’optique est un sujet politiquement porteur et sensible : Il concerne plus de 42 millions de nos concitoyens et la promesse électorale de notre Président de rembourser à 100% les lunettes a braqué les projecteurs sur un marché qui pèse près de 7 milliards d’euros par an.
Un énorme marché qui suscite pas mal de convoitises et à l’aune de changements radicaux. Les récentes annonces de Carrefour, Leclerc et l’émergence de nouveaux concepts (low-cost avec Lunettes pour Tous, Sensee etc.) ont mis en ébullition les acteurs historiques de la filière. Pointés du doigt par les médias et traités de « voleurs » (sic) par certains nouveaux concurrents, les opticiens sont à cran ! C’est l’embrasement sur les réseaux sociaux. Dans un contexte où l’émotionnel prend le pas sur le rationnel, essayons d’y voir plus clair.
Paie-t-on nos lunettes trop cher en France ? Les opticiens sont-ils des « profiteurs » ? Quel est le rôle des Mutuelles ? Et les consommateurs dans tout cela ?
Tour d’horizon de la situation et tentative de mise-en-perspective…

Les Mutuelles, parlons-en. Depuis plusieurs années, les OCAM -Organismes Complémentaires d’Assurance Maladie- ont attiré de nouveaux clients en proposant des remboursements optique et dentaires généreux. Un marché de dupes dont sont aujourd’hui victimes les opticiens, les consommateurs …et les Mutuelles !
Pour chacun d’entre nous, l’optique est considérée comme un « dû ». Je paie tous les mois ma Mutuelle, j’ai droit à un équipement par an…Donc j’achète. …Et les opticiens de voir arriver dans leurs magasins des clients avec des budgets de plusieurs centaines d’euros pris en charge par leur Mutuelle.
Devant l’explosion des remboursements Optique, les Mutuelles décident alors de serrer le robinet : A la manoeuvre pour faire voter une loi qui plafonne le prix des montures optique et limite les prises-en-charge d’un équipement tous les 2 ans, elles orchestrent d’habiles campagnes de communication pour dénoncer les marges « confortables » des opticiens.

Alors, à qui la faute ?
Les opticiens ? Lorsqu’un client rentre dans un magasin en donnant sa carte Mutuelle et précise qu’il a droit à une budget de 500€, pourquoi lui proposer un équipement à 200€ ? N’importe quel commerçant aurait la même attitude !
Mais ce système a deux limites :
* D’une part, il déresponsabilise le consommateur : le « sport national » est de repartir de chez son opticien avec un équipement de marque sans avoir déboursé un euro.
* D’autre part, les opticiens ont tardivement compris que leurs clients étaient en fait…les Mutuelles. Ce sont elles qui tiennent les cordons de la bourse et la filière aurait dû anticiper la restriction des dépenses…et de leurs marges !
Les Mutuelles ? Alors que certaines dépensent des dizaines de millions d’euros pour qu’un stade porte leur nom ou dans de coûteuses campagnes TV, on peut s’interroger sur la manière dont elles sont gérées. Et la mise-en-place de réseaux fermés (vous paierez moins si vous allez chez un opticien partenaire) interroge sur la liberté de chacun de choisir son opticien.
Les Consommateurs ? Il est temps de prendre conscience que l’optique a un coût. Tous les mois, c’est entre 30 et 50% de nos cotisations qui servent à payer nos lunettes. Indolores car noyés dans nos prélèvements mensuels, ce sont en moyenne 20€ que nous « dépensons » chaque mois pour nos montures. Une prise de conscience nécessaire pour cesser de penser que c’est un « dû » gratuit.

L’Optique est à un tournant :
* Avec plus de 12’500 magasins, nous avons en France autant d’opticiens qu’aux Etats-Unis.
* Les prix vont mécaniquement baisser : le plafonnement des remboursements va impacter les marges des opticiens.
* Dans ce contexte, il faut que les acteurs historiques changent de logiciel et passent d’un modèle avec peu de clients à fortes marges à un modèle avec plus de clients et de moindres marges.
Et pour s’adapter, il va falloir innover, trouver de nouveaux concepts pour accompagner cette inéluctable mutation. L’optique est un marché atypique à la frontière de 2 mondes : le médical et la mode. Comme le disait très justement le Président de la Mutualité Française très récemment, « …”…Quand on parle de santé, ce n’est ni le rôle de la Sécurité sociale, ni celui des mutuelles de rembourser des montures de grande marque.”
Les verres sont des dispositifs médicaux. Les montures n’en sont pas !
Et si l’on mettait en place des contrats responsables : Des cotisations moindres, des verres remboursés à 100% pour tous, et des montures non prises-en-charge ? Pourquoi le consommateur serait-il privé de sa liberté d’acheter où il veut quand il veut ?
Allez chiche, on essaie de faire bouger les lignes ?

Publié le 29 novembre 2017 dans Le monde de l'optique

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Frédéric Juppet

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