On n’est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde

Ce titre un peu racoleur, sont les mots, sortis de leur contexte, de notre ministre de la santé. « On n’est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde, ou des verres antireflet qui filtrent la lumière bleue », cette phrase fait débat.

Mais avant tout, revenons un peu sur quelques éléments de base :

La sécurité sociale a été créée pour permettre à tous de soigner. Là-dessus je pense que nous sommes tous d’accord.

Il faut aussi revenir sur ce qu’est une paire de lunettes. Selon le Larousse, les lunettes sont des “Verres correcteurs destinés à améliorer la vue ou à protéger les yeux et placés dans une monture adaptable reposant sur le nez et prenant appui sur les oreilles. » (lien). Toujours selon la même source, une monture est la “Partie des lunettes destinée à maintenir les verres devant les yeux. » (lien). Donc, si je comprends bien, une paire de lunettes est composée de deux dispositifs, un médical, les verres qui sont destinés à corriger un défaut de vision, et l’autre non, la monture qui sert à maintenir les verres correcteur devant les yeux.

Après ces quelques points de vocabulaire, revenons-en à nos moutons, et à cette phrase. Il me semble qu’il faut d’abord la découper en deux parties :

« On n’est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde… », là, on parle des montures. Cette partie des lunettes a changé de statut au fil des années. D’un dispositif technique, servant à tenir des verres correcteurs, elle est devenue un accessoire de mode dont les marques se sont emparées. Nous parlons donc de look. Quand vous vous offrez un nouveau Levis ou un tailleur Chanel (pour ceux qui en ont les moyens) est-ce que vous demandez une feuille de soin pour vous faire rembourser ? Cela ne vous viendrait même pas à l’idée. Alors, pourquoi faire supporter le prix d’un élément de look, qu’il soit griffé ou pas, à la sécurité sociale. Le choix d’une monture est avant tout une histoire goût…et de moyens.

« …ou des verres antireflet qui filtrent la lumière bleue » ici nous parlons du dispositif médical. Et là, je dois dire que je ne suis pas d’accord avec notre ministre. Nos vies ont changé. Nous passons de plus en plus de temps devant nos écrans, que ce soit pour le boulot ou les loisirs. Les technologies de fabrication de verres ont évolué et ont su s’adapter à nos nouveaux rythmes de vie. Et comme il est de coutume, la politique est en retard. Il me semble qu’un dispositif médical doit bien entendu soigner, mais aussi prévenir de futures pathologies. La facture de ces futures maladies, qui toucheraient toute une génération, sera bien plus salée.

Pour finir, je crois que la formulation de Mme Buzin est maladroite et a choqué pas mal de monde. Mais dans le fond, elle a raison et tort à la fois. Ce n’est pas à la collectivité d’assumer le coût du look, mais par contre c’est à elle d’assumer le soin d’une pathologie visuel.
Il est nécessaire de faire évoluer les systèmes de remboursement pour qu’ils s’adaptent à cette nouvelle donne. Une solution serait peut-être de ne rembourser que les verres ( mais intégralement ), s’ils sont correcteurs et quelques soient leurs traitements, et, de ne pas rembourser les montures en imposant aux opticiens de proposer une large gamme de prix.

Publié le 27 novembre 2017 dans Le monde de l'optique

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Damien Briatte

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